Mon ami·e était-iel un·e flic infiltré·e ?

2017
Índice
Francês • Inglês

Texto original em Inglês
Was My Friend A Spycop?
2017
spycopsresearch.info

Tradução em Francês
Anonyme

Notes de la traduction

Ceci est la traduction française d'une brochure publiée en anglais dont la dernière mise à jour remonte à 2017.

Cette brochure avait été écrite suite à de nombreuses découvertes de flics ayant infiltré des milieux militants au Royaume-Uni (mais aussi en Allemagne, France), au tout début des années 2010. Pour plus d'information, consulter cette page.

Pourquoi diffuser cette traduction francophone en 2026 ?

Suite à la découverte d'un indic en septembre 2025 ayant agi principalement en milieu francophone. Traduire et diffuser cette brochure est alors apparu utile.

Même si il est principalement question ici de flics infiltré·es, de nombreux conseils et méthodes sont applicables aussi pour les indics, par exemple les conseils sur le soin/le soutien aux proches, le fait de former un groupe d'enquête, la question de comment diffuser les informations découvertes…

Introduction

Au sein de l'Undercover Research Group (Groupe de recherche sur les agent·es infiltré·es), nous sommes régulièrement sollicité·es par des personnes et des groupes qui soupçonnent un·e membre de leur entourage d'être un·e agent·e de police infiltré·e. Iels espèrent généralement que nous pourrons confirmer leurs soupçons, mais malheureusement, la situation est rarement aussi simple : il n'existe pas de base de données publique recensant les policier·es infiltré·es, et la recherche de preuves est un long processus d'enquête, même en présence de nombreux éléments à charge.

Jusqu'à présent, presque toutes les enquêtes fructueuses concernant un·e agent·e infiltré·e ont débuté par un groupe de personnes connaissant l'agent·e. Dans ces cas, la première étape a consisté pour le groupe à partager et à discuter, au sein du groupe, des inquiétudes présentes. Au fil des années, nous avons observé diverses pratiques, bonnes et mauvaises, mais l'important est que ce groupe de personnes maîtrise le processus : il doit commencer et se terminer en son sein. L'Undercover Research Group peut intervenir entre les deux, en fournissant des conseils et en menant des recherches plus spécialisées.

Comme nous le répétons sans cesse, avoir des soupçons ne suffit pas ; les soupçons seuls ne justifient jamais la propagation de rumeurs ni les déclarations publiques concernant des individus. Si vous avez des soupçons fondés, il vous incombe d'enquêter en premier lieu, puis de fournir des preuves solides pour étayer vos affirmations. Les personnes qui profèrent des allégations non fondées sans avoir effectué les vérifications nécessaires doivent être dénoncées pour leur comportement perturbateur et problématique. Sans contrôle, ce type de comportement conduit à la destruction de groupes et peut causer des préjudices personnels.

Dans cette brochure, nous vous proposons des conseils, des lignes directrices et des recommandations sur les pièges potentiels afin de vous aider à démarrer une enquête. La plupart de ces conseils sont issus des bonnes pratiques développées au cours de la dernière décennie. (Remarque : certains passages s'appuient sur les pratiques britanniques en matière d'infiltration policière et peuvent ne pas être applicables dans d'autres pays.)

Pour commencer

D'où viennent vos soupçons ?

Cela peut paraître un point étrange à soulever, mais se demander où et quand les soupçons ont commencé est un bon point de départ. On ne soupçonne pas quelqu'un·e sans raison, mais plutôt parce qu'il y a des raisons à ce malaise, à ce sentiment que quelque chose cloche. En tant que militant·es, nous ne développons pas seulement des compétences théoriques et politiques, nous développons aussi notre intuition des personnes qui nous entourent. La plupart des soupçons naissent ainsi : peut-être un style vestimentaire qui détonne ou paraît forcé, l'impression que les convictions politiques d'une personne sont moins fortes qu'attendu, un manque de passion qui ne correspond pas aux actes, ou tout simplement le sentiment qu'il s'agit d'une personne étrange qui ne s'intègre pas vraiment.

N'oublions pas que les mouvements de protestation attirent toutes sortes de personnalités et que les préoccupations à ce niveau ne suffiront jamais, et seront très probablement mal fondées. Mais il est utile d'identifier le moment où les préoccupations ont commencé.

Une autre forme de soupçon naît du recul. Peut-être que les choses ont mal tourné de manière inattendue, ou qu'il y a eu des schémas particuliers de perturbation. Ou, comme c'est souvent le cas pour les ancien·nes policier·es infiltré·es, on peut se rendre compte qu'un·e ancien·ne camarade correspond un peu trop bien au profil désormais établi — même si cette personne était un·e militant·e engagé·e avec qui vous avez mené de nombreuses actions, y compris illégales, et que, de votre vivant, vous auriez juré qu'elle n'était pas flic.

Quels que soient vos soupçons, ils constituent un point de départ valable. Mais il faut se rappeler que ce n'est qu'un début.

Ce qui compte c'est la suite.

Ne présumez pas que vous avez raison !

Soyez prêt·e à vous tromper. Si des questions sont soulevées concernant le comportement ou les antécédents d'une personne, cela ne prouve pas qu'elle soit un·e flic infiltré·e. Il existe de nombreuses raisons légitimes pour lesquelles une personne peut dissimuler son passé, agir de manière étrange ou disparaître complètement. Il est primordial d'aborder la procédure avec un esprit ouvert et d'être prêt·e à vous tromper.

Il est toujours préférable de disculper quelqu'un·e plutôt que de confirmer ses pires craintes. Abordez les enquêtes en partant du principe qu'il vaut mieux obtenir un résultat positif et se tromper que de présumer immédiatement le pire.

Commencer une enquête en partant du principe qu'une personne est un flic alors qu'elle ne l'est pas vous conduira à tenter l'impossible : prouver quelque chose de faux, et risquer de détruire la réputation de cette personne. Parfois, il n'y a juste pas de preuves.

Soyez prêt·e à ne jamais trouver de réponses

Le monde de l'infiltration policière est par nature très secret, et tout est mis en œuvre pour préserver ce secret. Il n'existe pas de solution miracle pour obtenir des réponses claires ; la récente révélation du scandale des opérations d'infiltration policière est l'exception, et non la règle. Pendant des décennies, nous n'avons jamais eu de preuves concrètes ni de réponses définitives, et dans bien des cas, des réponses n'ont jamais été trouvées (et ne le seront peut-être jamais), même après des années de campagnes, de procédures judiciaires et d'excuses officielles.

Formez un groupe — écoutez-vous les un·es les autres

On lance rarement une enquête sur la seule parole d'une personne. D'après notre expérience, il est généralement judicieux de prendre en compte les soupçons exprimés par plusieurs personnes, indépendamment les unes des autres. Cette approche permet également d'éviter qu'une personne parvienne à convaincre les autres que de faibles soupçons constituent une preuve irréfutable. Les enquêtes sont souvent plus efficaces lorsque les personnes peuvent examiner leurs soupçons collectivement.

Au sein d'un groupe, un système de contrôle et d'équilibre naturel s'instaure : une action ou un événement qui peut paraître suspect à une personne peut trouver une explication plausible auprès d'une autre, mieux informée sur les faits ou la personne.

Dès qu'un groupe entame une enquête, il est essentiel d'établir des directives claires et partagées : à qui d'autre peut-on s'adresser ? Comment garantir la confidentialité des informations récoltées ? Que faire si les faits sont avérés ? etc.

Faire partie d'un groupe peut également aider à gérer les difficultés émotionnelles liées à ce type d'enquête ; après tout, fouiller dans la vie d'un·e ami·e proche n'est jamais chose facile. De ce fait, il peut être utile d'impliquer une personne de confiance, ne connaissant pas l'individu concerné, et qui puisse servir de caisse de résonance. Cette personne peut jouer plusieurs rôles : veiller au bon déroulement du processus, permettre aux participant·es de prendre soin de leurs émotions en allégeant leurs responsabilités, voire mettre fin à l'enquête si elle n'aboutit pas.

Il est tout aussi important de remettre en question les hypothèses et d'examiner les preuves de manière critique, par exemple en aidant le groupe à éviter de surestimer ses preuves et de tirer des conclusions hâtives.

Il est possible de mener ce processus seul·e ; cela a déjà été fait. Cependant, parmi celleux qui l'ont fait, nombreux·ses sont celleux qui nous ont confié qu'iels auraient largement préféré être accompagné·es d'un groupe.

Soyez attentif aux signes de burn-out

Le burn-out est malheureusement fréquent dans ces situations. Il est souvent méconnu et mal pris en charge.

Le burn-out est souvent associé à un sentiment de perte de contrôle. Ce sentiment entraîne une perte de perspective et une perception excessive des menaces. La paranoïa en est une manifestation courante, donnant lieu à des chasses aux sorcières contre quiconque a tenu des propos étranges ou agi différemment.

La frontière est parfois ténue entre suivre son intuition et réagir à une paranoïa infondée. C'est une raison supplémentaire pour laquelle une démarche de groupe est généralement préférable : elle permet de reconnaître les symptômes du burn-out et d'apporter un soutien adapté.

A drawing of several people inside a vehicle. Each person is drawn with details, except for the driver who is only outlined.

Enquêter sur les soupçons

1. Notez vos soupçons

C'est une étape simple, mais à ne pas sous-estimer. Si vous soupçonnez quelqu'un·e, prenez le temps de noter les raisons de vos soupçons. Cela vous aide à vous concentrer et à clarifier ce qui vous préoccupe. Cela vous permet également d'évaluer le bien-fondé de vos craintes et de les exposer à d'autres.

2. Évaluation des premiers soupçons : les 15 questions

Les unités nationales de renseignement ont été actives pendant quarante ans et, durant cette période, elles ont fait preuve d'une remarquable constance dans les techniques utilisées lors de leurs infiltrations au sein de groupes politiques et militants. En profilant les agent·es infiltré·es connu·es de ces services, nous avons pu reconstituer une grande partie du manuel utilisé par la police, ce qui nous donne une idée de ce qu'il faut rechercher : les « indices » qui ont trahi les flics infiltré·es.

La compréhension que nous avons acquise de leurs méthodes a été synthétisée en 15 questions fondamentales (voir « Annexe : 15 questions sur lesquelles nous travaillons »). Vous pouvez appliquer ces questions à la personne que vous soupçonnez, ou même les utiliser comme point de départ. Si la personne correspond à au moins deux tiers des questions, vos soupçons sont probablement fondés ; toutefois, des recherches plus approfondies seront nécessaires pour les concrétiser.

Remarque : En raison des modifications apportées à la formation et au déploiement des agent·es infiltré·es et aux pratiques des services de renseignement, les 15 questions sont moins susceptibles d'être utiles pour les flics infiltré·es déployé·es après janvier 2011.

3. Organisation de vos informations

Une fois votre groupe de travail constitué, reprenez l'étape 1, cette fois-ci avec les autres membres. Mettez en commun vos connaissances et comparez vos notes. Il peut être utile de consigner par écrit tout ce que vous savez sur la personne concernée, et notamment ce qui a initialement suscité vos soupçons. L'objectif est d'avoir une vision d'ensemble et de préciser vos soupçons.

Au fur et à mesure de l'enquête, vous collecterez de nombreuses informations et devrez trouver des méthodes pour les gérer.

  • Organisez clairement les informations, par thème par exemple. Prenez le temps de rechercher et de documenter ce que vous avez entendu et de qui, même si certaines personnes ne souhaitent pas être citées publiquement comme source. Dans un cas précis, plusieurs rumeurs concernant une personne ont été retracées jusqu'à un autre individu, qui s'est avéré être un·e flic infiltré·e.
  • Évaluez la crédibilité de vos sources. Les articles de presse contiennent souvent des erreurs et les souvenirs peuvent être influencés par des rancunes personnelles.
  • Établissez des chronologies, des cartes, des listes de contacts, d'événements et de lieux où la personne aurait pu se trouver. Repérez les incohérences dans la chronologie des événements et dressez une liste des personnes susceptibles de vous aider à les combler. Il est essentiel de savoir précisément ce que vous avez et ce qu'il vous reste à explorer, surtout si vous travaillez en groupe.

N'oubliez pas : protégez vos documents ! Imaginez les conséquences désastreuses qu'une divulgation de ces informations pourrait avoir, surtout si la personne que vous surveillez est innocente !

4. Étapes suivantes

Si vous avez suivi les étapes précédentes, vous serez en mesure de confirmer ou d'infirmer vos soupçons.

Cette étape, qui s'apparente à un travail de science forensique, consiste à examiner chaque aspect du récit de la personne, à la recherche d'indices et d'incohérences. Vous devez déterminer si l'identité qu'elle vous a donnée est réelle : s'agit-il d'un·e flic infiltré·e utilisant une fausse identité ? Il peut être utile de consulter les profils d'anciens agent·es infiltré·es pour vous faire une idée des détails à rechercher. N'oubliez pas que chaque affaire est différente et que certains aspects sont plus importants que d'autres.

Dans les affaires antérieures à 2000, vous pourriez rechercher l'acte de décès d'un enfant portant le même nom et la même date de naissance que votre suspect (cela pourrait indiquer une usurpation d'identité). D'autres recherches pourraient consister à déterminer dans quelle mesure cette personne existe réellement en dehors du groupe auquel elle appartient et si son histoire est authentique. Vous pourriez essayer de confirmer son existence dans les registres de naissance, de vérifier qu'elle a bien fréquenté les écoles mentionnées, etc.

Les dates de naissance sont toujours importantes à cet égard, ainsi que, dans une moindre mesure, les récits de son enfance et de sa famille. Il n'est pas rare que les agent·es infiltré·es intègrent des éléments de leur vie « réelle » pour étoffer leur histoire, bien que l'utilité de ces fragments de vie soit très variable. Dans certaines affaires, les détails de la vie réelle ont fourni des indices précieux, tandis que dans d'autres, ils se sont révélés peu utiles. Il est difficile de savoir à l'avance ce qui pourrait aider, il est donc préférable de tout consigner.

Souvent, il s'agit d'un long processus d'élimination des possibilités. Dans plusieurs cas, pour prouver qu'une personne n'était pas celle qu'elle prétendait être, nous avons procédé à l'identification de toutes les personnes portant le même nom et nées dans la même tranche d'âge (bien que cela soit beaucoup plus difficile si le suspect porte un nom courant), afin de démontrer que notre suspect·e n'existait pas.

En termes techniques, il s'agit de déterminer s'il s'agit d'un « fantôme » — quelqu'un·e qui semble exister, mais qui disparaît dès qu'on tente de remonter à son passé. L'accès à des connaissances et des ressources spécialisées peut grandement faciliter ce travail ; c'est là que l'Undercover Research Group est le plus susceptible d'être utile.

5. Intégrez d'autres personnes au groupe

Une fois que vous estimez que vos soupçons nécessitent des investigations supplémentaires, il est probable que vous deviez en parler à d'autres personnes qui connaissaient la personne concernée. Cette étape requiert une grande prudence : les personnes contactées doivent être informées de tout accord collectif et de la nature délicate de l'enquête. Soyez prêt·e à ce que les nouvelles personnes soient en colère, choquées ou refusent d'admettre la vérité ; préparez soigneusement la réunion afin d'éviter que vos inquiétudes ne soient balayées d'un revers de main ou, à l'inverse, que l'on tente de démasquer le suspect sans enquête approfondie.

Assurez-vous que les nouvelles personnes disposent de l'espace et du soutien nécessaires pour assimiler la nouvelle. À ce stade, il est important de préciser qu'il s'agit toujours d'une enquête en cours qui n'a pas encore abouti à des conclusions définitives et qu'elles doivent respecter tout accord de confidentialité.

Il convient de faire preuve de tact lorsque vous informez les personnes qui entretenaient des relations amicales ou amoureuses étroites avec la personne faisant l'objet de l'enquête : chacun·e réagit différemment et il est impossible de toujours prévoir comment les choses évolueront. Cependant, ce qui devrait nous distinguer de la police et de l'État, c'est notre sens du soin envers nos camarades, même en cas de divergences politiques. Il est important, à ce stade, de préparer le soutien dont vous pourriez avoir besoin, vous et les autres. (Voir « Se soutenir mutuellement ».) Discutez de vos besoins individuels au sein du groupe et tenez chacun·e informé·e des actions entreprises. Évaluez le niveau d'implication de chacun·e. Certain·es voudront participer à tous les aspects, d'autres craindront que l'enquête ne détourne trop l'attention des activités politiques en cours, tout en restant intéressé·es par les conclusions de l'enquête. Soyez également attentif·ves aux problématiques du groupe, comme l'équilibre entre le besoin de confidentialité et la nécessité d'agir, ainsi que le risque de burn-out.

A drawing of several people talking to each other. The conversion seems lively. Each person is drawn with details, except for one of them who is only outlined.

Résultats de l'enquête

Il est probable que votre enquête n'aboutisse à aucun résultat définitif. La certitude absolue concernant les flics infiltré·es n'a pu être établie que lorsque des militant·es ont découvert leurs véritables identités, principalement en raison d'erreurs commises par les policier·es infiltré·es. Mark Kennedy est redevenu espion privé après avoir quitté la police et a utilisé un passeport à son nom lors de ses voyages à l'étranger. Carlo Neri s'est enregistré sous sa véritable identité à l'une des adresses qu'il utilisait. Dans d'autres cas, les agent·es infiltré·es ont laissé échapper des informations qui ont révélé leur véritable identité. Le plus souvent, le succès de l'enquête repose d'une part sur la chance et la négligence des flics infiltré·es, et d'autre part sur votre persévérance à exploiter chaque piste possible — un processus qui peut prendre des années.

Vous trouverez ci-dessous les différents résultats possibles d'une enquête.

Vous vous trompiez

Si vous avez de la chance, vous parviendrez à disculper la personne concernée. Mais parvenir à cette conclusion ne suffit pas pour s'arrêter là. Pour commencer, vous devrez communiquer vos conclusions à toutes les personnes avec lesquelles vous avez discuté. Il est inadmissible de nuire à la réputation de quelqu'un·e par des insinuations ou en laissant perdurer des rumeurs.

Vous devrez également décider s'il convient ou non d'en informer la personne concernée. Pour certaines personnes, cette transparence est importante, mais la personne concernée pourrait très mal le prendre. D'autres groupes ont choisi de ne pas mentionner l'enquête, ce qui peut avoir l'inconvénient de laisser l'affaire s'éterniser. Selon le nombre de personnes au courant des soupçons, le sujet pourrait ressurgir.

N'oubliez pas que les éléments que vous avez rassemblés peuvent, s'ils tombent entre de mauvaises mains, être utilisés contre la personne en question. Il est donc essentiel de les détruire, surtout si vous pensez que vos soupçons étaient probablement infondés.

Ce n'est pas clair

Le monde des agent·es infiltré·es, des informateurices et des espions privés est par nature opaque. Il est peuplé de professionnels qui mettent tout en œuvre pour dissimuler leurs activités et se couvrir. Ajoutez à cela le fait que nombre d'entre nous ont des raisons légitimes de ne pas toujours être totalement transparent·es sur nos origines et notre histoire personnelle, et que nos mouvements prônent le respect de la vie privée de chacun·e, et vous obtenez une situation où il est difficile de démasquer un·e infiltré·e.

Si vous avez des soupçons concernant une personne qui est ou a été membre de votre groupe, sachez que vous ne saurez probablement jamais si ces soupçons sont fondés. Il se peut que vous cherchiez au mauvais endroit : le problème pourrait venir d'un·e autre membre du groupe (qui répandrait peut-être des rumeurs pour se protéger), certain·es membres du groupe pourraient être négligent·es en matière de sécurité, ou votre groupe pourrait être soumis à une surveillance de pointe.

Si vous vous trouvez dans cette situation, il est souvent préférable de mettre de côté vos soupçons pour le moment, voire de les abandonner complètement. Vous pourriez plutôt aborder le problème sous d'autres angles : réfléchissez aux activités de votre groupe et aux risques liés à de celles-ci. Les fuites empêchent-elles réellement votre groupe de poursuivre son combat pour le changement politique par les méthodes que vous avez choisies ?

Nous vous suggérons d'être conscient·e de vos besoins en matière de sécurité et de renforcer vos mesures de protection. Engagez un débat ouvert et honnête sur les menaces potentielles qui pèsent sur votre travail et sur les mesures que vous pouvez prendre pour les contrer. De bonnes procédures peuvent fortement contribuer à empêcher un·e infiltré·e de causer des dommages importants. Par exemple, de petits groupes affinitaires peuvent procéder à une vérification positive de leurs membres pour réduire le risque d'infiltration, tandis que d'autres groupes choisissent de privilégier la transparence comme tactique en soi, rendant ainsi la présence potentielle d'un·e infiltré·e sans importance.

Presque, mais pas tout à fait

Dans la plupart des situations, vous ne serez jamais certain à 100 % qu'une personne était infiltrée. Toute tentative d'obtenir des réponses de la police, en dehors d'une action en justice (et même dans ce cas, rien n'est garanti), risque d'échouer ou de se heurter à des déclarations du type « nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer ces allégations ».

Vous vous retrouvez alors face au choix difficile de la marche à suivre. Dans le cadre de l'enquête publique sur les opérations d'infiltration policière, l'Undercover Research Group et d'autres organismes ont publié des informations sur des flics infiltré·es pour lesquel·les, bien qu'aucune preuve formelle n'ait été établie, des indices circonstanciels suffisants permettaient de confirmer leur statut. Dans ces cas, nous avons tenu compte du fait que des doutes persistaient en limitant les informations diffusées : selon les éléments de preuve disponibles, nous avons décidé de ne pas publier de photos, de noms complets, etc.

Si vous avez raison… Comment diffuser l'information ?

Si vous avez trouvé des preuves irréfutables, ou des preuves circonstancielles trop importantes pour être ignorées, vous devrez examiner attentivement les prochaines étapes. Il est presque toujours pertinent de rendre l'affaire publique, car la plupart des flics infiltré·es étaient actif·ves dans un plus grand nombre de groupes et de mouvements qu'on ne le pense initialement. Différents groupes peuvent être touchés et doivent être informés.

Rendre vos informations publiques exige de la délicatesse. Voici quelques étapes à suivre :

  1. Prévenez directement les personnes qui avaient des liens avec l'agent·e infiltré·e. Ce ne sera peut-être pas toujours possible, mais il faut essayer. Il est terrible de découvrir qu'un·e ancien·ne amant·e ou ami·e était un·e flic infiltré·e en voyant soudainement sa photo sur Internet ou dans les journaux.
  2. Déterminez les personnes dont l'anonymat doit être protégé et assurez-vous que toutes celles qui connaissaient l'agent·e infiltré·e soient informées de la nécessité de ne pas divulguer certaines informations personnelles, telles que les véritables noms des personnes impliquées, sans autorisation — ce qui est particulièrement important pour les personnes ayant eu des relations amoureuses avec l'agent·e infiltré·e. Dans le contexte de l'enquête publique, il peut être nécessaire d'anonymiser les personnes ayant eu des relations avec l'agent·e infiltré·e, surtout si l'intérêt médiatique est susceptible d'être important.
  3. Préparez un profil de l'agent·e infiltré·e, en exposant clairement les preuves. Il est déconseillé de formuler des allégations sans en expliquer publiquement les raisons, car cela engendre des doutes et de la confusion, sans parler de la méfiance et de la paranoïa. Il est également recommandé de détailler les activités auxquelles l'agent·e infiltré·e a participé afin que chacun·e puisse les situer dans leur contexte — les souvenirs des noms et des visages peuvent s'estomper, il est donc important d'aider les gens à identifier la personne dont vous parlez.
  4. Réfléchissez à la manière dont vous allez publier le profil et à la quantité d'éléments que vous allez diffuser pour étayer votre récit. Des questions et des controverses surgiront rapidement si vous affirmez qu'un·e militant·e était flic sans apporter la moindre preuve. Selon la nature de l'affaire, vous pourriez envisager de contacter les médias traditionnels. Dans ce cas, assurez-vous qu'ils soient conscients des aspects de l'affaire sur lesquels ils doivent rester discrets, notamment pour protéger l'identité des personnes visées. Les médias traditionnels ont leurs propres contraintes : ils peuvent se montrer très rigides quant aux preuves. Il est donc essentiel de collaborer avec des journalistes qui comprennent vos besoins et l'impact émotionnel que ce genre d'affaire peut avoir, en particulier si des liens étroits existaient avec l'agent·e infiltré·e. Les médias doivent être prêts à respecter la vie privée des personnes. Si besoin, n'hésitez pas à contacter l'Undercover Research Group pour obtenir des conseils.
  5. N'utilisez jamais le vrai nom des gens sans leur autorisation. Et même en cas d'utilisation de pseudonymes, il est recommandé de faire valider, par les personnes citées, ce qui va être publié.
  6. Il est crucial que vous gériez bien cette situation au sein de votre groupe et que vous mettiez en place un soutien pour les personnes les plus touchées par les conséquences. Si vous êtes au Royaume-Uni, n'hésitez pas à nous contacter ; nous pourrons vous orienter vers des ressources utiles.
  7. De même, évitez les réactions machistes ou du type « Je le savais depuis le début » : elles ne sont jamais constructives, surtout pour les personnes les plus affectées. Dénigrer l'agent·e infiltré·e peut également avoir des effets néfastes sur celleux qui tentent de comprendre comment un·e partenaire de longue date a pu les trahir aussi complètement. N'oubliez pas qu'iels peuvent déjà être en proie à de nombreux doutes suite à cette découverte, et ce genre de situation peut prendre des années à se résoudre. Pour en savoir plus sur l'impact de la révélation d'agent·es infiltré·es et sur les moyens d'en atténuer les conséquences, consulter le site web Police Spies Out Of Lives.

Si vous avez raison… Que faire concrètement ?

Que faire concrètement si vous découvrez un·e infiltré·e parmi vous ?

Dans les cas les plus graves, l'enquête doit être prioritaire : il faut agir vite pour éviter d'aggraver la situation. La discrétion est de mise, car il y a non seulement le risque de semer la paranoïa, mais aussi celui que la personne concernée prenne connaissance des soupçons. Si cela se produit, elle tentera très probablement d'effacer ses traces et pourrait bien disparaître avant que vous ne puissiez la confronter.

N'oubliez pas que toute enquête, quel qu'en soit le résultat, peut fragiliser la confiance au sein d'un groupe. Cela posera problème, surtout après la révélation de l'affaire, si certain·es se sentent exclu·es du processus et sont en colère de ne pas avoir eu leur mot à dire.

Une fois l'enquête terminée — et, rappelons-le, il est rare d'obtenir des preuves irréfutables — votre groupe devra peut-être déployer des efforts considérables pour rétablir la confiance entre ses membres. L'expérience montre que, face à une situation où l'on a la preuve qu'un·e agent·e infiltré·e est actif·ve, une bonne approche consiste à organiser une rencontre entre ellui et l'équipe d'enquête. Il est important de ne pas lui révéler l'objet de la réunion à l'avance, car le but est de le confronter directement et de lui donner l'occasion de répondre. Cela permet d'évaluer sa réaction et de tester l'hypothèse qu'il s'agit bien d'un·e flic infiltré·e — une méthode particulièrement utile si l'on recherche encore des preuves concluantes.

Si vous optez pour cette solution, il est crucial d'être prêt·e à informer les autres de la situation — préparez le dossier à diffuser immédiatement après la réunion. Un·e flic infiltré·e fraîchement démasqué peut causer de graves préjudices personnels lors de son départ. Le choc de la découverte peut diviser un groupe si les preuves justifiant l'enquête ne sont pas facilement accessibles. De même, l'agent·e infiltré·e peut chercher à retourner le groupe ou le mouvement contre l'équipe d'enquête, ou utiliser son départ pour semer la discorde et provoquer des conflits.

Agent·e infiltré·e ou autre chose ?

Les flics infiltré·es sont — encore — relativement rares. Cependant, on confond trop souvent indic, espions privés, agent·es des services secrets et même journalistes infiltré·es. Si leurs objectifs peuvent être similaires, leurs méthodes de travail sont considérablement différentes.

Par exemple, les policiers n'utilisent généralement jamais leur vrai nom de famille et leur période d'infiltration est limitée (la plus longue connue est de six ans). Ainsi, une personne impliquée plus longtemps, ou connue sous ce nom de famille depuis plus longtemps, a beaucoup moins de chances d'être un policier infiltré.

Un·e indic est une personne déjà active dans les milieux militants et qui a accepté de transmettre des informations à la police. Parfois, cette personne se trouve dans une situation que la police a pu exploiter (chantage), et une fois qu'elle a parlé, la police ne lâche plus prise. Dans d'autres cas, cela peut s'expliquer par le fait qu'une partie de la personnalité d'un individu aime jouer sur tous les tableaux ; nous connaissons des indic qui ont pris l'initiative de contacter la police. La difficulté avec un·e indic réside dans le fait que, faisant déjà partie du milieu, il le connaît beaucoup mieux et est moins susceptible de commettre les mêmes erreurs culturelles que les flics infiltré·es.

Les espions privés sont spécifiquement engagé·es par des sociétés de renseignement pour infiltrer des groupes pour le compte de leurs client·es. Ces espions ont souvent des liens étroits avec la police ou l'armée. Les espions privés ne bénéficient généralement pas de la gestion quotidienne ni de la préparation approfondie qui peuvent considérablement améliorer les chances de réussite d'une infiltration. Cependant, nous connaissons d'autres espions privés, actifs sur le long terme, qui ont réussi à infiltrer divers groupes pendant de nombreuses années, parfois pour le compte de la police.

Bien que de nombreuses techniques d'enquête se recoupent, il existe de nombreuses différences d'approche que nous n'avons pas abordées dans cette publication, mais que nous traiterons ailleurs. Lors d'une enquête, il est essentiel de rester attentif·ve à ces différentes possibilités, car le type de preuves nécessaires variera selon le profil de l'individu. Il y a aujourd'hui bien plus d'indics et d'espions privés qu'il n'y a jamais eu d'agent·es infiltré·es dans la police. Être vigilant·e et prêt·e à adapter sa stratégie est le signe d'une enquête menée avec rigueur.

A drawing of several people holding each other's arms, marching forward, some of them partially masked. One person appears to be carrying a flag or banner. Each person is drawn with details, except for one of them who is only outlined.

Se soutenir mutuellement

Ne sous-estimez surtout pas l'importance de vous soutenir mutuellement !

Un soutien sera nécessaire tout au long du processus : enquêter sur un·e agent·e infiltré·e et le démasquer a un coût émotionnel important. L'État, à l'origine de ces abus, apporte un soutien psychologique aux flics infiltré·es, et nous devrions être au moins aussi conscient·es de ces problèmes. Assurez-vous, à chaque étape du processus, de prendre en compte les besoins émotionnels des personnes concernées, y compris celles des membres de l'équipe d'enquête.

Lorsque des enquêtes échouent, c'est souvent parce qu'elles ont négligé précisément cet aspect, aggravant ainsi les dommages causés par la police.

Conseils pour apporter un soutien émotionnel

Dans le monde difficile des enquêtes sur les flics infiltré·es, la confiance, en soi-même et envers les autres, est l'une des premières choses qui se perd. Ainsi, au cœur de tout soutien émotionnel, la confiance sera primordiale, suivie de l'accès à des personnes capables de comprendre, tant sur le plan politique qu'émotionnel. L'un de nos plus grands atouts est la cohésion du groupe. Cela crée un espace où les gens peuvent se rassembler et s'entraider, partageant les mêmes opinions politiques et expériences de militantisme. Chacun·e réagit différemment, même si l'affaire remonte à longtemps. La réaction peut dépendre de la situation actuelle de chacun·e et des événements survenus lorsque l'agent·e infiltré·e était présent·e dans sa vie.

Une réaction très fréquente est un sentiment de perte de contrôle et de doute quant à son propre jugement. Après tout, si l'on peut se laisser tromper à ce point, sur qui et sur quoi d'autre s'est-on trompé ? Il est donc essentiel que celleux qui ont besoin de soutien émotionnel aient le sentiment de maîtriser les décisions qui les concernent. Disposer de faits clairs et accessibles peut grandement influencer la façon dont les gens traitent les informations que vous avez découvertes. Les gens voudront savoir que les révélations sont fondées et non pas de simples spéculations. L'accès aux faits est un facteur important pour les aider à comprendre ce qui s'est passé, car il permet de dissiper les doutes dès le départ, plutôt que de les laisser s'envenimer. Expliquez vos procédures avec soin et laissez aux gens la possibilité de poser des questions. Les points suivants ne s'appliquent pas seulement à celleux qui ont entretenu des relations intimes avec des flics infiltré·es ; la confiance et l'amitié sont des forces tout aussi puissantes et nous ne devons pas oublier à quel point d'autres personnes peuvent être affectées par la découverte qu'un·e ami·e de confiance était un·e flic.

  • Sachez que les personnes très proches de l'agent·e infiltré·e peuvent avoir du mal à accepter la tromperie et mettre longtemps à ressentir de la colère envers la personne qui les a dupées. La manipulation de leurs émotions a été très complexe. Il peut leur être difficile d'entendre des propos négatifs sur l'agent·e infiltré·e.
  • Reconnaissez que les flics infiltré·es (et leur équipe de soutien) sont des experts en manipulation qui exploitent délibérément les émotions des militant·es. Dire que c'était évident à l'époque revient à dévaloriser les personnes trompées en les faisant se sentir stupides.
  • Réunissez les personnes proches de l'agent·e infiltré·e pour analyser et débriefer les preuves ; cela peut être très utile pour les aider à assimiler la nouvelle.
  • Sachez que toutes les relations intimes ne sont pas publiques, même au sein du groupe.
  • Évitez de minimiser l'expérience de quelqu'un·e ; une aventure d'un soir peut avoir autant d'impact qu'une relation d'un an ; tout dépend du contexte. Il n'existe pas de hiérarchie des abus. Ne catégorisez pas les réactions selon le genre des personnes.
  • Si des personnes ont eu des relations intimes avec des flics infiltré·es, elles auront probablement besoin d'un soutien continu pour faire face à cette situation. Les personnes qui les connaissaient et qui connaissaient l'agent·e sont les mieux placées pour leur apporter ce soutien, mais entrer en contact avec d'autres personnes dans une situation similaire peut également être libérateur. Des groupes de soutien comme Police Spies Out Of Lives peuvent être utiles.
  • Le fait qu'une personne ne parle pas beaucoup ne signifie pas qu'elle n'est pas affectée. Donnez la parole à chacun·e, pas seulement aux plus extraverti·es.
  • Lorsque vous intégrez de nouvelles personnes au groupe, n'oubliez pas que chacun·e aura évolué différemment depuis les faits. Cela apportera des histoires personnelles supplémentaires qu'il faudra peut-être prendre en compte, notamment en cas de traumatisme émotionnel, et des mesures de sécurité supplémentaires devront peut-être être envisagées. Par exemple, si des membres du groupe ont été confronté·es à des situations de violence conjugale. Cela peut aussi être une expérience très enrichissante, permettant de renouer d'anciennes amitiés et de trouver de la force dans un processus collectif et inclusif.
  • Selon la situation, il peut être préférable de transmettre l'information en personne. Une personne isolée, loin d'autres partageant les mêmes idées, risque de mal réagir à un appel téléphonique inattendu et de se retrouver ensuite livrée à elle-même. Évitez que les proches de l'agent·e ne soient informés par des rumeurs ou par la presse.
  • Laissez aux gens l'espace nécessaire pour exprimer leur colère, tout en sachant qu'il n'est pas toujours approprié de se montrer agressif : condamner violemment l'agent·e infiltré·e peut avoir un effet négatif sur des personnes déjà fragilisées ou ayant du mal à assimiler la révélation. De même, évitez les réactions machistes et agressives. L'important est de trouver le juste équilibre et le bon contexte : il peut être judicieux de prévoir un autre lieu d'échange par la suite (par exemple, après une réunion formelle et encadrée, une sortie dans un bar pourrait permettre des réactions plus informelles et détendues).
  • Acceptez que les gens puissent initialement s'en prendre au messager. Certaines personnes auront besoin d'espace pour faire leur deuil et reconstruire des souvenirs importants désormais ternis.
  • Soyez prêt·e à ce que les personnes non invitées à faire partie du groupe d'enquête soient contrariées et qu'elles demandent des explications. Ce point pourrait devenir central dans l'affaire s'il n'est pas géré avec tact.
  • Essayez de mettre de côté les anciens désaccords politiques et personnels ; ils risquent d'aggraver la situation et de détourner l'attention du véritable problème.
  • Ne prenez pas de décisions à la légère : les personnes concernées doivent sentir que leurs besoins sont pris en compte et avoir la possibilité de contribuer aux discussions. L'histoire et l'impact d'une enquête ne sont rarement, voire jamais, la propriété exclusive d'un seul groupe.
  • Soyez préparé à l'impact que l'enquête pourrait avoir sur votre perception des autres et vos réactions. On sous-estime souvent l'impact personnel d'une enquête.
  • Respectez les souhaits et la vie privée des personnes. Chacun·e réagit différemment face à ces situations : certaines personnes préfèrent ignorer la vérité, d'autres sont trop occupées pour gérer les conséquences.
  • Enfin, intenter une action en justice contre les responsables de l'infiltration est une option importante pour certain·es. Réfléchissez au niveau de soutien que vous souhaitez apporter à une telle démarche, si vous souhaitez la soutenir.

Soutenir une personne ayant eu une relation avec un·e flic infiltré·e

Si vous soutenez une personne en situation de vulnérabilité après avoir découvert sa relation avec un·e flic infiltré·e, voici quelques mesures pratiques à prendre :

  1. Constituez un réseau de soutien autour de la personne. Prenez régulièrement de ses nouvelles et soyez présent·es sur le long terme.
  2. Abordez la situation en gardant à l'esprit qu'elle aura besoin de se sentir maîtresse de ses choix. Évitez de la déresponsabiliser.
  3. Écoutez-la. Parfois, elle aura besoin de raconter son histoire plusieurs fois pour l'assimiler. Dressez avec elle une liste de personnes qu'elle peut contacter en cas de besoin ou de détresse.
  4. Aidez-la à trouver un soutien psychologique ou une thérapie adaptés (voir les ressources francophones et anglophones).
  5. Aidez-la à entreprendre des démarches : trouver un·e avocat·e si nécessaire, participer à des enquêtes sur des infiltré·es, etc.
  6. Aidez-la à consigner son histoire par écrit.

Conseils et ressources supplémentaires sur le site de Police Spies Out Of Lives.

Paranoïa

Enfin, nous avons évoqué la paranoïa à plusieurs reprises ; il est important d'y être attentif·ve. Au sein de l'Undercover Research Group, nous avons observé des symptômes courants, comme le fait de voir des « fantômes » partout ou de pointer du doigt quiconque a fait quelque chose d'inhabituel, sans aucune analyse et en refusant de mener une véritable enquête.

Les groupes non préparés à une enquête approfondie sont souvent ceux qui ne font pas la distinction entre de véritables soupçons et les conséquence de la paranoïa.

La paranoïa n'est utile à aucun groupe ; elle perturbe tout sentiment de sécurité et tout processus. Par ailleurs, la paranoïa peut révéler des problèmes sous-jacents qui nécessitent une attention particulière, comme une réaction à une perte de contrôle ou à un burn-out. Il peut être difficile de gérer ce problème, et en fin de compte, c'est la personne elle-même qui décide de l'aide qu'elle acceptera. De manière générale, il est préférable de ne pas être brusque ni dur avec une personne que vous soupçonnez de paranoïa ; cela ne la fera pas sortir de son état. De même, il est inutile de simplement affirmer que vous la croyez.

Interrogez-la avec douceur sur ses croyances et ses craintes, mais ne vous laissez pas entraîner dans son univers paranoïaque. Écoutez-la avec sincérité et prudence, et faites-lui comprendre que vous n'êtes pas en mesure de vous prononcer pleinement sur ce qui est dit. Remettez en question toute contradiction avec respect et soyez ouvert·e à l'idée qu'il puisse s'agir non pas de paranoïa, mais de préoccupations sérieuses.

Un autre aspect de la paranoïa est sa dissimulation sous un vernis de conscience sécuritaire. La sécurité vise à réduire les risques à un niveau acceptable pour pouvoir accomplir des choses ; la paranoïa survient lorsque cette préoccupation devient excessive et paralyse toute activité, souvent en raison d'une peur généralisée du pouvoir apparemment omniprésent de l'État. Comme les groupes militants l'ont démontré à maintes reprises, même avec plusieurs policiers infiltrés parmi vous, vous pouvez accomplir beaucoup de choses.

A drawing of several people in a circle, touching each other in a sort of group hug. All of them are drawn with details.

Remarques finales

Paradoxalement, une enquête menée avec rigueur peut être source d'inspiration et de motivation, même si démasquer un·e flic infiltré·e est pour le moins désagréable. Les informations contenues dans cet article proviennent de plusieurs enquêtes de ce type et incluent les retours des personnes impliquées. Dans de nombreux cas, les groupes s'en sont trouvés renforcés, malgré un parcours souvent semé d'embûches.

En rédigeant cette brochure, notre objectif n'était pas d'alimenter la paranoïa, mais de la réduire. Trop souvent, des allégations fondées sur des rumeurs et des spéculations circulent. Nous avons cherché à vous fournir des outils et des techniques pour vous permettre de mener des enquêtes approfondies, de mettre fin aux rumeurs et aux mauvaises pratiques, et de toustes nous renforcer par la même occasion.

Malgré toutes les attaques policières et les graves préjudices qu'elles nous ont causés, elles ne nous ont pas encore anéantis. Le renseignement se vantait autrefois qu'une fois un groupe infiltré, il était condamné. Nous savons que c'est faux. Nous sommes bien plus nombreux·ses qu'ils ne l'ont jamais été, et nous sommes toujours là, toujours actif·ves, de multiples façons et au sein de nombreux mouvements. Des campagnes ont été perdues au fil des ans, d'autres ont été gagnées — et de manière inspirante. Céder au fatalisme et croire que nous sommes impuissant·es, c'est donner raison à l'État et à la police. Nous pouvons faire beaucoup. De nombreux combats restent à mener. Nos tactiques évolueront, s'adapteront et s'ajusteront à la réalité du terrain à mesure que nous trouverons des solutions, mais l'essentiel réside dans ce qui nous a motivé à nous engager dans la lutte politique et dans les objectifs d'émancipation que nous poursuivons.

Ironiquement, nous apprenons aujourd'hui que les agent·es infiltré·es ont eu des effets secondaires inattendus, comme l'abandon de poursuites judiciaires ou le soutien apporté à certaines campagnes. Nous connaissons de nombreux cas où la présence d'un·e flic infiltré·e a permis de protéger des militant·es, car l'agent·e ne pouvait pas agir sur la base de renseignements de peur d'être démasqué·e.

Enfin, une question qui nous est souvent posée est : comment intégrer de nouvelles personnes à nos groupes ? Comment concilier ouverture et sécurité ? Il n'existe pas de solution unique. Chaque groupe a ses propres besoins et priorités. L'important est de créer, dès le départ, une culture qui soutienne les ambitions de votre groupe et de s'y tenir. N'hésitez pas à poser des questions, mais expliquez clairement vos motivations. Si vous estimez avoir besoin d'un niveau de sécurité ou de confidentialité plus élevé, identifiez les menaces spécifiques auxquelles vous êtes confronté·es et planifiez comment les contrer afin de minimiser les risques. La sécurité absolue n'existe pas, mais il y a toujours des solutions de contournement.

Bien que les entreprises et l'État investissent massivement pour tenter de nous arrêter, de nombreuses actions ont été menées au fil des ans, de nombreux groupes différents prennent des précautions judicieuses et réussissent leurs actions : c'est la preuve que nous pouvons encore les déjouer si nous le voulons vraiment.

Annexe : 15 questions sur lesquelles nous travaillons

Voici une liste des 15 questions.

1. Son passé est-il flou ?

Généralement, les personnes infiltrées ont très peu d'informations sur leur passé. Elles ont souvent une « légende » : d'où elles viennent, pourquoi elles sont parties. Les détails sont généralement rares et il y a très peu de points communs entre leur vie d'avant et leur vie d'activiste. Il est rare de rencontrer des amis (ou de voir des photos) de leur « vie d'avant », même si on en parle ou si le suspect prétend les avoir.

Les personnes infiltrées sont également peu présentes dans les registres publics, même si cela n'est pas toujours manifeste avant qu'une enquête sérieuse ne soit menée.

Attention : Il est connu que plusieurs personnes infiltrées ont fait appel à des complices ; il s'agit généralement de « figurants » utilisés pour étayer le récit de la personne infiltrée. Par exemple, Lynn Watson a présenté plusieurs petits amis à des ami·es militant·es. Généralement, ces personnes n'apparaissent qu'une ou deux fois et se font parfois remarquer par leur comportement inhabituel, voire provocateur.

2. Ses opinions politiques sont-elles lacunaires, sous-développées ou stéréotypées ?

En lien avec la première question, dans la plupart des cas, les personnes infiltrées ont très peu à dire sur la politique du mouvement qu'elles infiltrent. Bien qu'elles soient disposées à écouter les autres (même si certaines peuvent aussi se montrer désintéressées et cyniques), elles contribuent peu à ce sujet et évitent généralement ces discussions, voire les prennent à la légère. Lorsqu'elles manifestent de l'intérêt, celui-ci est souvent superficiel et leurs lectures et documents de référence sont des ouvrages de vulgarisation classiques, sans grande profondeur ni étendue.

Attention : Cela peut évidemment s'appliquer à de nombreux·ses militant·es, mais dans certains groupes c'est inhabituel.

3. Est-ce qu'on a déjà rencontré sa famille ?

Certaines personnes infiltrées n'évoquent jamais leur famille, tandis que d'autres en parlent fréquemment. Cependant, les occasions de les rencontrer ne se concrétisent jamais vraiment : il y a toujours des excuses. Les infiltré·es peuvent produire des photos et d'autres documents attestant de l'existence de prétendus membres de leur famille et affirmer entretenir des relations étroites avec eux. D'autres ont inventé des histoires de relations abusives (et se sont servis de ces histoires pour gagner la confiance d'autrui). Parfois, des crises familiales, comme la maladie grave d'un père, servent de prétexte pour s'absenter pendant de longues périodes.

4. Son travail l'oblige-t-iel à s'absenter pendant des périodes prolongées ?

Il semble que de nombreuses personnes infiltrées occupent des emplois qui les obligent à s'absenter pendant de longues périodes, jusqu'à plusieurs semaines d'affilée. Ces emplois leur fournissent également de l'argent, des véhicules et des prétextes pour justifier leurs dépenses. Selon la nature de leur emploi, la plupart hésitent à mettre les militant·es en contact avec leurs employeureuses. Par exemple : Lynn Watson était aide-soignante, mais lorsqu'on lui demandait à travailler pour son agence, elle refusait systématiquement.

5. Son domicile semble-t-il inhabitée ?

Un point commun est l'aspect peu accueillant, voire inhabité, de leurs domiciles, même si — encore une fois — ce n'est pas systématique. On y trouve parfois des objets indiquant une activité de militantisme politique, mais c'est l'exception plutôt que la règle ; l'atmosphère y paraît plus mise en scène qu'autre chose. On remarque également un manque de personnalité et d'objets personnels. Le cas le plus frappant est celui de la maison de Lynn Watson, tapissée d'affiches de lutte des classes et dépourvue de toute touche personnelle.

6. Est-ce qu'iel a un véhicule ?

La plupart des personnes infiltrées démasquées possédaient un véhicule et étaient tout à fait disposées à l'utiliser pour des activités militantes, notamment pour des repérages et des actions. Les véhicules étaient de types et de modèles variés, y compris des fourgonnettes. Parfois, les infiltré·es prétendaient avoir accès à la voiture via leur travail.

7. Est-ce qu'iel a des compétences de conduite supérieures à la moyenne ?

On remarque souvent chez les personnes infiltrées leurs excellentes compétences de conduite, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de leur expérience au sein des forces de police.

8. Est-iel du genre à se mettre en quatre pour aider les autres ?

Le charme, la convivialité et la gentillesse générale des personnes infiltrées sont régulièrement soulignés. Elles semblent toujours prêtes à se démener pour aider. Elles proposent notamment de conduire les militant·es à leur domicile et de les ramener chez elleux.

9. Est-ce qu'iel a facilement accès à de l'argent et est-ce qu'iel est généreux·se avec ?

Iels sont souvent prêt·es à aider financièrement, par exemple en prenant en charge les frais d'essence ou en offrant des tournées de nourriture ou de boissons. Parfois, iels prétendent que leurs dépenses sont déjà couvertes d'une manière ou d'une autre, par leur travail par exemple. Iels ne sont pas forcément dépensier·es, mais semblent avoir facilement accès à de l'argent liquide.

10. Est-ce qu'iel privilégie les relations avec des personnes clés ?

Il n'est pas rare, après leur intégration à un groupe, qu'iels se rapprochent rapidement des personnes clés et tissent des liens très étroits avec elles, tant sur le plan personnel que militant. Cela les amène souvent à être perçu·es comme des « bras droits », etc.

11. Lui arrive-t-iel d'adopter un comportement inhabituel ?

Il est arrivé que des personnes infiltrées fassent des choses tout à fait inhabituelles, perturbant une action et alertant la police, ou s'écartant nettement des normes du groupe. Par exemple : une négligence inexplicable (Jim Boyling a saboté un blocage lors d'une action « Reclaim the Streets » en « oubliant » de fermer une fenêtre, facilitant ainsi l'accès à la voiture par la police), ou des actions allant au-delà des comportements habituels du groupe (encourager des activités mettant en danger les autres membres ou les entraîner dans des confrontations imprévues). À cela s'ajoute la diffusion d'histoires concernant leur implication plus importante dans des actions radicales ailleurs, afin de donner l'impression qu'elles sont « prêt·es à passer à l'action », alors que cela diffère de leur comportement habituel.

12. Avez-vous remarqué des anomalies ?

Voici quelques caractéristiques distinctives que nous avons relevées lors de nos recherches et qu'il est bon de noter si vous les rencontrez :

  • Des documents enregistrés sous un nom différent de celui sous lequel iels sont connus (ces incohérences peuvent parfois être justifiées ; toutes ne sont pas sans raison).
  • Des compétences organisationnelles en contradiction avec leur caractère.
  • Iels ne possèdent pas les compétences qu'iels revendiquent, notamment celles liées à leur prétendu emploi (Mark Jenner, par exemple, prétendait être menuisier professionnel, mais était incapable d'aménager une cuisine). À cela s'ajoute le fait de ne pas en savoir assez sur un sujet qui les passionne, en particulier une équipe de football.
  • Un souci de la propreté et de l'ordre qui les place à l'opposé du spectre militant, voire en opposition avec celui-ci (par exemple, Mark Kennedy se fait coiffer régulièrement chez un coiffeur professionnel).
  • Des caractéristiques qui témoignent d'une formation (par exemple, la façon dont iels lacent leurs bottes).
  • Des réactions face à l'imprévu qui indiquent un entraînement (par exemple, Jenner réagissant à un bruit extérieur en effectuant les gestes appropriés pour réagir à une explosion).
  • La possession d'un objet très coûteux, quelque peu inhabituel pour elleux ou leur milieu (téléphone haut de gamme, montre).
  • Un comportement qui semble être un message adressé à autrui.

13. Avez-vous constaté des anomalies lors de procédures judiciaires ou un manque d'intérêt de la police ?

Il arrive que des personnes infiltrées soient inexplicablement écartées d'une affaire, ou qu'elles choisissent un·e avocat·e différent de celui des autres parties. Vous avez peut-être aussi constaté un manque d'intérêt flagrant de la police pendant la période où la personne infiltrée faisait partie de votre groupe, ou encore que des personnes n'aient pas été arrêtées alors que cela aurait dû être le cas. On sait désormais que les responsables des infiltré·es fermaient parfois les yeux sur des activités illégales et faisaient tout pour empêcher ces dernier·es de comparaître devant un tribunal.

Attention : L'inverse est également possible, il y a eu plusieurs exemples d'agent·es infiltré·es se présentant au tribunal sous de faux noms, ce qui a conduit à l'annulation de condamnations après coup.

14. Est-ce qu'iel a soudainement disparu et coupé tout contact ?

Cette question mérite une section à part entière, car la « stratégie de sortie » est un aspect crucial du métier pour celleux qui enquêtent sur un·e infiltré·e potentiel·le. Dans tous les cas que nous connaissons, les personnes infiltrées ont effectué une mission de quatre à cinq ans, puis ont quitté leurs fonctions relativement brusquement. Il est révélateur de constater que deux stratégies sont fréquemment utilisées, parfois combinées :

  • Iels partent à l'étranger, ou ;
  • Iels simulent une crise de nerfs, allant jusqu'à pleurer.

Plus important encore, iels disparaissent complètement, se coupant totalement de leur vie sociale militante. Dans plusieurs cas, leur absence aux funérailles ou à d'autres événements liés à des personnes qui leur étaient autrefois très proches a suscité des soupçons. Parfois, la situation s'est avérée plus complexe, car la personne infiltrée a continué à mêler sa vie personnelle et sa vie professionnelle de flic, un phénomène appelé « intégration ». Mike Chity, par exemple, est revenu après être soi-disant parti au Canada pour fréquenter des ami·es militant·es, tout en continuant à travailler au sein des renseignements. Kennedy est revenu après avoir quitté la police et a tenté d'utiliser ses contacts militants pour se lancer comme espion privé, vendant les informations qu'il recueillait.

15. Pouvez-vous nous aider à déconstruire ces idées reçues ?

Certaines personnes croient que les infiltré·es ont un code de conduite, qu'il y a des choses qu'iels ne font pas. Nous démentons ces rumeurs ici afin d'y mettre un terme.

Certain·es affirment que les agent·es infiltré·es ne devraient jamais :

  • Commettre d'activités illégales.
  • Avoir de relations sexuelles avec les personnes qu'iels ciblaient.
  • Nier être policiers lorsqu'on leur pose la question directement.

Nous savons que toutes ces choses ont été régulièrement faites par des personnes infiltrées.

Avertissements importants concernant les 15 questions

Si vous rencontrez une personne dont le récit correspond à plusieurs de ces critères, cela ne signifie pas nécessairement que vous avez affaire à une personne infiltrée. Cela signifie simplement que vos soupçons justifient des investigations plus approfondies. Ces questions constituent un point de départ, et non une preuve irréfutable.

Nous déconseillons fortement la propagation de rumeurs fondées uniquement sur des soupçons et recommandons de les confirmer par une enquête sérieuse le plus rapidement possible. Les commérages non vérifiés sont très nuisibles et peuvent détruire des groupes de l'intérieur, qu'il y ait ou non infiltration.

Il est important de se rappeler que, malgré des similitudes dans les modes opératoires des personnes infiltrées, il existe également de nombreuses différences, notamment quant à leurs objectifs : certaines facilitent directement le fonctionnement d'un groupe, tandis que d'autres cherchent à le détruire, par exemple.

Nous notons également que de nombreuses personnes peuvent correspondre aux mêmes catégories sans pour autant être des infiltré·es ; notre cadre d'analyse n'est donc pas infaillible. Par exemple, il existe des raisons tout à fait valables de ne plus avoir de contact avec sa famille, ou de disparaître. Le burn-out est également une raison fréquente pour laquelle les militant·es se retirent (si vous ou une personne de votre entourage souffrez de burn-out, contactez le service de soutien psychologique « Counseling for Social Change » — voir ci-après).

De plus, les histoires d'infiltration ne sont pas toutes identiques ; il y aura des variations. Par conséquent, l'absence de schéma ne disculpe pas nécessairement une personne. Par ailleurs, d'autres formes d'infiltration (par les services de sécurité, des entreprises ou par des indics) présenteront des schémas très différents. Si vous avez des questions ou des inquiétudes, ou si vous souhaitez nous soumettre des situations inhabituelles, n'hésitez pas à nous contacter.

N.B. : Si vous publiez ces questions, veuillez conserver ces avertissements.

Ressources francophones

Ressources anglophones

Organisations

Ressources de soutien psychologique

Livres

  • Rob Evans et Paul Lewis, Undercover: The True Story of Britain's Secret Police.
  • Eveline Lubbers, Secret Manoeuvres in the Dark: Corporate Spying on Activists.
  • Dave Smith et Phil Chamberlain, Blacklisted : The Secret War between Big Business and Union Activists.